Pensée chinoise (et philosophie occidentale) – Approche simplifiée – partie 2
Retranscription partielle et ré-ordonnancé de : « idéeschinoises » - just another blog, lemonde.fr weblog.
http://ideeschinoises.blog.lemonde.fr/2014/12/11/pensee-chinoise-et-philosophie-occidentale/
(…) Comme nous l’avons précisé, la pensée chinoise ne parle pas de vérité mais de Tao. (…) On pourrait dire qu’il y a en Grèce et en Chine deux manières de se rapporter au réel et de l’interroger.
Pour les grecs, l’être est une énigme, un défi permanent de la pensée. (…) Dans sa poursuite de la vérité, la réflexion philosophique ne sera pas exempte d’inquiétude et d’angoisse, au cours de son face à face, souvent dramatique, avec la réalité. (cf développement de l’article : « étonnement » de Platon / ne pas se contenter des réponses admises / Le « doute » de Descartes, volontaire et méthodique, comme instrument de la pensée pour arriver à l’évidence / Foucault : « penser autrement »). (…) Réflexion accompagnée de la confiance dans le langage, et de sa capacité à révéler l’être des choses, avec pour unique fonction : dire l’être.
Or (…), les deux écoles nourricières de la pensée chinoise affirment les limites du langage humain, incapable de dire, de saisir avec ses mots la source incréée et inépuisable des choses – le Tao. Ne se prête au langage que la part visible du réel, les choses et les êtres en tant qu’ils exhibent des formes passagères, davantage les figurations provisoires du réel que le dynamisme profond qui les porte. Le sage chinois est donc défiant à l’égard des mots et des discours. De même il ne met jamais en avant étonnement et doute comme support psychologique ou cognitif de sa démarche. Bien au contraire, ce sont des états d’esprit qu’exclut la vraie sagesse, car l’un comme l’autre indiquent une inadéquation avec le Tao, une distance, un divorce avec le cours des choses. L’homme éclairé ne doute pas et ne s’étonne plus.
« L’homme éclairé ne doute pas et ne s’étonne plus. »
Note – Philippe Vivier, CAPACITER : C’est l’écueil de fond. Il est assez facile, avec un peu d’ouverture, d’apprécier, de goûter les charmes du Tao. C’est réconfortant de découvrir, de décortiquer, d’apprivoiser la pensée chinoise, comme « autre possible ». C’est, sous le fard du langage, gratifiant, à s’appesantir sur l’écart, en démarche philosophique, mais « ethnocentrée », qu’à un moment l’analyse vole en éclats. Le principe même de l’exégèse s’effondre. En occidental, à penser « la pensée chinoise », c’est déjà s’en abstraire. Car la pensée chinoise ne peut se « penser » en tant qu’objet, propre à une alternative de définition du sujet et de sa relation au monde, en tant que système alternatif de rapport à la pensée de son être (en tant que soi, en tant qu’opération). C’est le point de rupture fondamental.
Pas de place au doute. Pas de place à l’étonnement. Pas de place pour le questionnement.
(…) Dans l’optique chinoise, le monde n’est pas une énigme à déchiffrer ni même un sens à découvrir (…), c’est plutôt un grand fonctionnement dont importe en chaque cas le comment (et non le pourquoi).
C’est tout l’enjeu : « La théorie chinoise vise à expliquer non l’immuable, mais le changeant » (Jacques Gernet, un des maîtres de la sinologie contemporaine).
C’est, exactement, à mon sens, le rôle du coach.
C’est, exactement, le point de conciliation dans la mission d’accompagnement : méta-communiquer sur le « changeant », la transition, la transformation, en porte-voix, en s’appropriant le référentiel de communication de son interlocuteur. S’extraire de l’intention. Dans le Tao, en empathie, éveiller au "comment".