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« Manager à propos » à l’aide de la pensée chinoise – partie 4 – « Le non-événement ».

« Ne s’exprimant pas dans le langage de l’Être, la pensée chinoise est au contraire à l’aise pour prêter attention au stade de « ce qu’on regarde mais qu’on ne perçoit pas », « ou de ce qu’on écoute mais qu’on entend pas ». (F. Jullien – « Les transformations silencieuses »)

Ceci, en contrepoint d’un management « intellectuel » ; Un management d’opinions, en costume, en rôle, ou « posture », pourvoyeur d’avis, parfois jusqu’à outrance de position, radicale et théorique, « visible ».

Quand, d’autre part, vit, en (peine)-ombre, feutrée, une philosophie de construction, s’attachant à réfléchir et produire des idées, des intentions, des perspectives. Face à l’émiettement de la pensée, face au refus de la complexité, par « démocratisme », par vœux pieux d’ « accessibilité », par chimère de « visibilité », par velléité de « communiquant », on n’ose plus le sens, on n’envisage plus l’immanence, faisant l’impasse sur les transformations souterraines. Et l’on se réveille, encore, ébaubi, des visages que l’on ne reconnaît plus.

Le management est un « non-événement ».

« Ne plus oser (songer à) courir, se baigner dans la mer froide, est un symptôme de vieillissement-renoncement. Ou c’est à ce qu’on envisage plus (ne conçoit plus) de dire à l’autre (…) que se rétracte en nous l’énergie vitale, ou la confiance en l’autre. Et « il n’y a guère là à attendre de signe positif, en plein, saillant, intéressant : il n’y a pas là événement, mais "érodement". Un tel retrait ne s’affiche pas, et c’est tout le situationnel qui globalement s’y trouve impliqué ».

Le management ne s’inscrit pas dans l’évènement, et pourtant il s’attache, avec force, à décliner les kyrielles de circonstances, d’appendices, propres à justifier son action, la légitimer en quelque sorte, prisonnier d’un algorithme d’action, quand l’appréhension de la transformation silencieuse offre la perception de l’érosion, le possible de l’induction.

Penser le management en termes d’actions, de réactions, c’est se condamner à lui circonscrire un rôle, une attitude, alors que c’est l’art, par excellence, de ne rien faire et de regarder l’invisible, d’entendre l’inaudible, d’en tirer l’essence, en flux constant.

C’est le présupposé d’un management « responsable » (cf Andreu Solé) : cultiver l’économie de la connaissance et de l’échange, passer outre les intentions d’affleurement, prendre Evènement pour marqueur, « indice », d’une gestation plus ample, plus globale. « Séparer ce qui « arrive » de ce qui le porte (plutôt que ce qui le « cause »), « scruter les lignes de forces qui sont à l’œuvre et leur direction (…) ».

Ou, sinon, se bercer de l’illusion que « manager », c’est communiquer, motiver, organiser, peut-être décider…


 
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